Blücher: Scourge of Napoleon

Gebhard Leberecht von Blücher est probablement l’un des personnages les plus connus de la période napoléonienne notamment en Prusse, où il a été l’objet de nombreux poèmes, romans, chansons ou autres manifestations folkloriques; ainsi que d’une reconnaissance officielle en étant statufié ou donnant son nom à de nombreux lieux publics. L’historiographie à son endroit est cependant assez âgée: il a fait l’objet de nombreuses études en Allemagne entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, mais peu de biographies lui ont été consacrées en Anglais, Allemand ou Français au cours des dernières décennies. L’ouvrage de Michael Leggiere vient donc combler un vide historiographique.

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L’une des difficultés de l’entreprise est d’aller au-delà des nombreux mythes qui entourent le personnage: Blücher l’autodidacte peu éduqué; Blücher le caractériel; Blücher le francophobe détestant Napoléon et la France et servant de modèle aux patriotes allemands; Blücher le libérateur. Leggiere parvient à s’affranchir de ces légendes pour donner un portrait plus nuancé du personnage, montrant par exemple qu’il était bien plus éduqué et cultivé que ce que l’on croit généralement. Les principales sources de l’ouvrage sont les échanges épistolaires entre les principaux acteurs, ce qui permet de démythifier leurs relations, et le caractère de Blücher. Néanmoins, force est de reconnaître que l’homme Blücher est proche de sa légende. Par exemple, lors de la retraite de Lützen, Blücher ne ménage pas sa peine en se montrant au front afin de présenter la défaite comme une succession d’actes héroïques, ceci permettant de ne pas détruire le moral de la troupe.

L’un des aspects les plus intéressants de l’ouvrage est l’étude de la relation de Blücher avec de jeunes subordonnés promis à un brillant avenir: Gerhard von Scharnhorst et surtout August Neidhardt von Gneisenau. La relation avec ce dernier semble particulièrement forte, quasiment symbiotique, au point que l’auteur emploie très régulièrement l’expression « Blücher and Gneisenau » dans son texte. Cette étude des relations entre le commandant et ses subordonnés permet en retour de mieux comprendre la formation intellectuelle et le modèle des réformateurs militaires prussiens que furent Scharnhorst et Gneisenau. Si les deux-tiers de l’ouvrage sont consacrés aux guerres contre Napoléon entre 1813 et 1815, la première partie de l’ouvrage revient sur la carrière de Blücher, son rôle durant la période de coopération entre la Prusse et l’Allemagne, mais également la tragique histoire de son fils, fortement impliqué dans la réforme militaire allemande et les sociétés secrètes du temps, mais dont la carrière s’interrompt brutalement suite à la maladie.

Un regret toutefois: l’étude de « l’héritage » de Blücher se résume à cinq pages conclusives, et il aurait été intéressant de développer plus en détails son importance dans la culture populaire allemande du XIXe, et la construction des mythes qui l’ont entouré.

Malgré cette réserve, l’ouvrage parvient à trouver le ton juste entre histoire militaire et biographie, et comble un manque historiographique certain, ce qui en fait une lecture recommandée pour toute personne intéressée par la période napoléonienne ou la Prusse au XIXe siècle.

Olivier Schmitt (Center for War Studies)

University of Oklahoma Press, 2014, 568p. 

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