Yanks and Limeys: alliance warfare in the Second World War

La Seconde Guerre Mondiale est généralement vue par les historiens comme un moment fondateur pour l’alliance américano-britannique. Néanmoins, la plupart de la littérature existante se concentre sur l’histoire diplomatique et culturelle de cette alliance, survolant la dimension militaire. C’est cette lacune que Niall Barr (King’s College London) entend bien combler dans cet ouvrage.

yanks and limeys

Selon l’historien, la coopération militaire américano-britannique a des racines profondes, et le premier quart du livre s’attache à retracer « l’héritage familial », partant de la guerre de Sept Ans et s’achevant sur l’échange d’attachés militaires entre les deux pays avant Pearl Harbor. Ce prologue historique sert de base à une analyse de la coopération militaire entre les deux pays durant la Seconde Guerre Mondiale. Les questions de planification et de préparation des actions militaires majeures tiennent une place non-négligeable dans le livre (trois chapitres), mais la plupart du récit est une histoire des campagnes conduites par les armées de terre des deux pays en Afrique du Nord et en Europe (on ne trouvera donc pas dans cet ouvrage d’analyse des relations entre les marines ou les armées de l’air, ni une discussion de la partie asiatique de la Seconde Guerre Mondiale).

Ces chapitres sur la planification sont les plus intéressants de l’ouvrage. La plupart des auteurs étudient la coopération américano-britannique à l’aune des différences de culture militaire ou stratégique. Barr adopte une lecture institutionnelle qui montre les difficultés que les deux armées ont dû surmonter pour aboutir à une coopération convenable, sans essentialiser les différences. Par exemple, les Britanniques préféraient un commandement de théâtre « en comité », chaque armée étant représentée. Les Américains trouvaient cette solution dangereuse et impraticable, préférant un commandement unique, et l’ouvrage montre les négociations difficiles entre Britanniques et Américains pour imposer Eisenhower comme commandant suprême lors de l’invasion de l’Afrique du Nord en 1942. Eisenhower souhaitait également un État-major intégré (sans considération de nationalité), qu’il organisa sur le système américain de division en grandes fonctions (inspiré du système français)  et très différent du système britannique fonctionnant par redondance. L’ouvrage revient également sur les tentatives malheureuses d’intégration de régiments britanniques et américains lors de la « course pour Tunis » de 1942, et l’observation selon laquelle l’intégration en-deçà du niveau opérationnel n’était pas souhaitable.

Cette lecture institutionnaliste offre un éclairage original des campagnes étudiées, évitant la focalisation sur les oppositions de « grandes personnalités » . Il est d’autant plus regrettable que l’auteur cède à cette tendance dans la deuxième moitié de l’ouvrage, qui est une analyse convenue de la campagne d’Europe par Eisenhower, et son opposition à Montgomery et Patton. Cet écueil est d’autant plus frustrant que l’auteur écarte de ce fait des questions importantes. Par exemple, quel était le rôle de l’expertise des autres armées (armée de l’air et marine) dans la coopération? On sait qu’après que la marine américaine ait tenté d’imposer une stratégie du « Pacific First » en 1942-1943, les dynamiques de concurrence entre les armées ont joué un rôle important dans la définition de la stratégie alliée pour le conflit. Il aurait été opportun d’étudier cette question, le livre laissant le spectateur dans l’expectative quant à l’impact de la coopération américano-britannique en Europe sur la conduite de la guerre dans son ensemble. L’auteur a également tendance à prendre pour des illuminations sur la nature des coopérations militaires des observations déjà largement faites par les spécialistes de Relations Internationales sur le sujet (voir ici ou ici par exemple).

Au final, un ouvrage qui peut être intéressant, mais qui échoue à remplir ses promesses. Il y a donc toujours de la place pour une étude de référence sur les relations inter-alliées durant la Seconde Guerre Mondiale, vue sous l’angle des frictions institutionnelles.

Olivier Schmitt (Center for War Studies)

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